Journée de la bipolarité : « J’étais comme une feuille aux vents »
Jeudi 18 avril, l’association lorraine « Bipolaire ? Si tu savais… » ouvrira le débat sur les représentations de la bipolarité au cinéma à l’occasion de la Journée mondiale de la bipolarité. Casser les clichés, briser les tabous, des témoignages viendront séquencer cette rencontre. Parmi eux, celui, saisissant, de Sandrine Guglielmetti, aujourd’hui médiatrice santé paire au CPN de Laxou.
Longtemps servie à toutes les sauces pour qualifier un état changeant, la bipolarité est de mieux en mieux caractérisée et diagnostiquée. Elle toucherait entre
« 1 % à 2,5 % de la population » selon une note de cadrage de la Haute autorité de santé (HAS) parue en 2014. Soit entre 650 000 et 1,6 million d’individus. Les troubles bipolaires prennent des formes diverses, mais s’expriment tous par une alternance d’épisodes dépressifs et d’exaltation plus ou moins longs. Traversé par des idées noires, pétri de mélancolie, autodestructeur, le bipolaire est en souffrance psychique et en danger de mort. 20 % d’entre eux se suicident au terme d’une existence erratique et douloureuse, faite d’exclusions, d’incompréhensions, d’errance diagnostique, de ruptures, d’addictions, aux jeux, à l’alcool, à la dépense…
« Bipolaire ? Si tu savais… »
Jeudi 18 avril, l’association lorraine « Bipolaire ? Si tu savais… » ouvrira le débat sur la dichotomie entre ces réalités et les représentations de la bipolarité au cinéma à l’occasion de la Journée mondiale de la bipolarité. Casser les clichés, briser les tabous, des témoignages viendront séquencer cette rencontre qui débutera à 16 h à l’Institut Européen du Cinéma et de l’Audiovisuel de Nancy. Parmi eux, celui, saisissant, de Sandrine Guglielmetti, aujourd’hui médiatrice santé paire au sein du centre universitaire de remédiation cognitive CURE support Lorraine au Centre psychothérapique de Nancy (CPN) de Laxou. Un poste de patiente experte, en somme. Sandrine aide et conseille à présent ceux qui, comme elle, ont sombré dans les méandres de leur maladie.
Originaire de Franche-Comté, issue d’une famille aimante, Sandrine, 53 ans, a vécu une trentaine d’années en Alsace avant de s’installer en Lorraine pour reprendre une activité professionnelle qu’elle juge salvatrice. « Elle correspond totalement à mes attentes. Je m’y consacre, je la considère comme une mission… », dit celle qui a enchaîné des années d’addiction à l’alcool et aux psychotropes, de dépressions et de période d’euphorie, avant qu’un psychiatre ne finisse par lui avouer toute la vérité en 2017. « J’ai demandé mon dossier médical au psychiatre qui me suivait, c’est là qu’il m’a appris que j’étais atteinte d’une bipolarité de type II », confie Sandrine. Les symptômes de type II sont un peu moins prononcés que ceux de type I. Mais ils n’en sont pas moins ravageurs.
Le signal
Sandrine place le premier signe de sa pathologie à la naissance de son premier enfant. À 27 ans, elle est fauchée par une dépression post-partum. « J’ai appris, plus tard, qu’il s’agissait d’une des premières manifestations chez la femme, alors que chez l’homme, on est plutôt sur une phase maniaque », mentionne-t-elle. Puis, vient son deuxième enfant. Elle contracte ensuite un cancer de l’utérus à 31 ans. Se réveille d’une anesthésie avec un syndrome des loges dont s’ensuit une dépendance aux morphiniques qui assoupissent son supplice.
Sa première phase maniaque surgira en 2011. Ivre de bonheur et de colère, instable, portée par un sentiment de toute-puissance propre aux bipolaires en phase haute, elle multiplie les projets, se prive de sommeil, quitte son mari pour une autre histoire d’amour. Hors de contrôle, elle perd son discernement, maigrit à vue d’œil et se met à boire, trop. « J’étais comme une feuille aux vents », se souvient, joliment, la Nancéienne. Cette première crise dure quatre mois. Elle est suivie d’une hospitalisation. « Je ne savais plus comment je m’appelais. J’étais perdue… », égrène Sandrine. D’autres se succéderont entre 2013 et 2018.
La première marche
Pour rompre ces cycles infernaux, Sandrine décide finalement de vivre seule à partir de 2018 et de chercher son équilibre dans la quiétude et la méditation. « Il me fallait retrouver des appuis, me recentrer sur moi, penser à mes enfants », explique la rescapée. Agissant comme des détonateurs de ses ébranlements, elle évite les situations stressantes et nocives. « J’ai arrêté l’alcool en 2019. J’ai acheté un chien et je me suis mise à marcher. » La randonnée est sa planche de salut. Couplé à une rigoureuse hygiène alimentaire et à une régulation de son sommeil, le sport l’aide à chasser ses démons et à canaliser ses émotions. « Je m’astreins à une routine stricte », poursuit Sandrine. Elle n’absorbe désormais plus qu’un antipsychotique en traitement de fond, prescrit par un psychiatre : « Il ne faut pas se contenter de son médecin traitant. Il faut consulter un spécialiste. C’est la première marche. » Aujourd’hui, Sandrine se dit apaisée, mais se sait toujours sur une crête.
Pour en savoir plus sur la journée du 18 avril, n’hésitez pas à lire notre article consacré à l’évènement !

