L’Est Républicain – 12 mars 2024 – L’unité Séraphine

L’unité Séraphine, unité psychiatrique unique en France

En cas de crise aiguë, le patient du Centre psychiatrique de Nancy a peut-être une chance d’éviter l’hospitalisation à plein temps grâce à l’unité Séraphine. Il y est accueilli de jour, un mois durant, pour y pratiquer « l’art cru ». De quoi lui permettre d’expulser, s’exprimer, et commencer à réparer.

C’est un beau nom que celui de Séraphine. Un nom rare, que beaucoup néanmoins connaissent associé à celui d’une ville : « Senlis ». Séraphine de Senlis (1864-1942), peintre autodidacte emblématique de l’art brut, dont elle a tiré une œuvre monumentale avec profusion de motifs floraux qui ont fait sa célébrité tardive. Quand bien même l’artiste était victime d’une lourde pathologie psychique.

Et c’est justement pour cette raison que le nom de Séraphine a été retenu. Cette fois associé à une autre ville, Saint-Nicolas-de-Port. Où est implantée depuis 2016 une unité hospitalière innovante, dépendante du Centre psychothérapique de Nancy (CPN), unique en son genre en France. La bien nommée « Unité Séraphine » de St-Nicolas-de-Port.

Soit douze places mises à disposition, dans le cadre d’une hospitalisation de jour, proposée à des patients atteints de troubles psychiques ou psychiatriques. En alternative à une hospitalisation classique jour et nuit. Et ce, malgré la crise. Ou plutôt, justement parce qu’il y a crise…

La création sans filtre

Pour quoi faire ? Créer. Expurger par l’œuvre. Dessiner, peindre, sculpter, coller, modeler, et même menuiser ! S’ex-pri-mer ! Une forme d’art-thérapie particulièrement abordable, libérée de toute idée de performance, et de maîtrise technique.

« Peu importe la technique d’ailleurs, l’essentiel étant que le patient puisse exercer sa créativité, moyen d’expression puissant », relève le Dr Béatrice Dugny, chef de pôle de psychiatrie des secteurs de Lunéville et Saint-Nicolas. « C’est un moment où on essaie de squeezer le mental. » Un moment de création « sans filtre », exutoire.

« Créer peut soulager, avoir une vertu cathartique en effet. Mais ça ne s’arrête pas là. Ensuite un travail d’analyse est mené sur les différentes créations pour permettre d’avancer. » Il se dit, par les mains, ce que parfois le cerveau peine à verbaliser.

Des réticences des patients ? Il y en a souvent. Au motif du « Je ne saurai jamais faire ça, moi ! »

« Alors que dans les faits, d’une manière ou d’une autre, ils réussissent toujours à s’exprimer. Il est vrai qu’on a la chance de bénéficier d’une équipe de médecins et 12 infirmiers et infirmières très bien formée. » Formée auprès de l’Ecole bordelaise de l’Art Cru et de son pionnier Guy Lafargue.

Éviter le traumatisme de l’hospitalisation

N’importe quel patient en crise peut accéder à cette unité, sur indication d’un psychiatre du pôle. Il y passe donc ses journées un mois durant. « Dans une configuration très dynamique. » Une demi-journée y est consacrée à la pratique de l’Art Cru (dans le cadre de séances de 6 personnes max, encadrées par 2 ou 3 infirmiers), la seconde à d’autres types de prises en charge, entretiens avec thérapeutes, assistante sociale, etc.

« Avec des résultats très intéressants, de nettes améliorations psychiatriques la plupart du temps », peut constater le Dr Dugny avec 8 ans de recul. « Et pour les plus jeunes, cette opportunité leur permet d’éviter le choc de la première hospitalisation psychiatrique. » Ainsi évite-t-on d’ajouter du traumatisme à la souffrance. En se saisissant d’un crayon, ou d’un pinceau, sans trop y penser.

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