
La Mate : mère guerrière mariée à un militaire… bipolaire
Flore est issue d’une fratrie de… 13 enfants, « la meute de la Mate », cette mère qui tient la barque d’une famille dont le père souffre de ce qu’on appelait une psychose maniaco-dépressive. Elle en a fait un show. L’association « Bipolaire ? Si tu savais… » en fait une soirée événement, ce 26 mars salle Raugraff.
Dix + trois. Ce qui fait treize. Treize enfants entrés dans la famille de Flore Lefebvre des Noëttes, elle-même membre de cette fratrie recomposée entre les trois enfants du Pate (le père), nés d’un premier mariage, et ceux du Pate et de la Mate. Soit une dizaine de petits passés par les entrailles de cette « Mate » qui donne son nom au show donné samedi salle Raugraff. Autrement dit une invitation à passer une soirée dans cette famille catholique, que l’autrice elle-même qualifie de « si singulière ».
Cette famille nombreuse, la mère en porte les traces, littéralement, sur la peau d’un ventre marqué par le scalpel des césariennes, vrai champ de bataille en miroir au champ de mines qu’a aussi été sa vie. Et c’est à cette femme, cette mère, cette Mate, que Flore veut rendre hommage dans l’un des trois volets théâtraux consacrés à son histoire familiale.
La Mate, c’est celle qui tient la barre d’un imposant paquebot dont la figure de proue, elle, brise parfois de sombres flots. Le Pate. Un père… militaire… bipolaire. Ce qui ne facilite pas toujours les affaires.
« C’est même parfois très compliqué », constate Laurence Dupeyron, Nancéienne qui elle-même a connu ce cas de figure dans sa propre famille. « Mais je dois préciser que jusqu’à l’âge de 60 ans, mon père a réussi à concilier vie de famille, vie professionnelle (et pas des moindres), et pathologie. Et ça, j’avoue que ça m’a rendue fière. »
Renverser le tragique en fable comique
Cette figure de père, et cette pathologie du père, l’ont incitée il y a quelques années à intégrer l’association « Bipolaire ? Si tu savais… », désireuse tout à la fois de sensibiliser sur la question des maladies psychiques, et de contrer la stigmatisation. Et ce, en s’appuyant sur l’organisation d’événements culturels.
« Lutter contre la stigmatisation, ça peut aussi passer par la littérature, les arts graphiques, le spectacle vivant, etc. Quand c’est bien traité, ça peut se révéler très efficace. À l’image des Intranquilles, film de Joachim Lafosse sorti en septembre dernier. » À l’image de « La Mate », aussi, dont l’humour n’est d’ailleurs pas la moindre des vertus.
Des souvenirs de cette enfance, des débordements parfois incontrôlés du père, de cette Mate qui fait barrage, de ces frères et sœurs qui puisent la ressource dans les liens qui les unissent, Flore Lefebvre des Noëtte a tiré en effet des occasions « de rire beaucoup ». « Je reconstruis une nouvelle fable familiale renversant son tragique en fable comique brossée à la Honoré Daumier. »
L’occasion était donc belle pour l’association d’en faire l’affiche de la soirée du samedi 26 mars, en association à une table ronde animée dans la foulée par des experts de la santé mentale. Le thème ? L’entourage des malades. Ça s’imposait. La Mate pourrait en parler… si elle était toujours de ce monde. Mais c’est sa fille, ce soir-là, qui prendra le relais !
